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Poétiquement incorrect

mardi 3 juin 2014

L’ensevelissement d’une enfance.

Une mère tragédienne, dangereuse histrionniste qui utilise son rejetons comme bouclier entre elle et les chevrotines du géniteur :

" Un corridor obscur. A l’ouest, mon père armé. A l’est, ma mère éméchée. Moi suspendu entre les deux sur le point d’être éventré par les projectiles brûlants."

Le fils devenu vaguement homme-adulte, et son pauvre désir animal pour l’odeur d’un père : "brute étrange" :

"Je bois pour devenir cette poussière qui rendra Dieu le Père content."

La poétique des orphelins en famille :

"Mon frère et moi soupions de chips Duchess et de tablette de chocolat avec de l’argent qu’on nous donnait. Chacun dans sa chambre. Dans ma solitude, je découvrais une nouvelle sorte de silence. Comme une attente. Sans avenir. Une réalité sans souffles."

Il y a aussi de fulgurantes bulles de lente et lourde connaissance de Soi :

"La nuit, je m’abîme et dés qu’on m’aime, le voyage est fini."

Un ciel d’éclipse, la conjonction des opposés : l’intime, les chips et dans la pièce aux vitres abandonnés, des ombres qui patientent.
Une lucidité méchante, transparente, amoureuse et désespérée...

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Un bon candidat pour "Mon livre de l’année"

Le Feu de mon père de Michael Delisle
Sur le site leslibraires.fr

Quand Michael Delisle était enfant, ses « oncles », c’est-à-dire les amis de son père, ne disaient pas « arme » mais morceau ou de façon plus métonymique, feu. « J’avais mis mon feu dans le coffre à gant. » « Il s’est débarrassé de son feu. » « Oublie pas ton feu. » Dans ce poignant récit, le poète se remémore son père, le bandit devenu chrétien charismatique, l’homme violent qui ne parlait plus que de Jésus, l’homme détesté qu’on ne peut faire autrement qu’aimer, en dépit de tout.

La question qui revient éternellement est celle-ci : où va le feu ?

Et la question me revient au chevet de mon père. Je passe mon doigt sur son vieux tatouage de marin (une ancre avec les lettres MN pour merchant navy) qui n’est plus qu’une pastille noire et floue. Ces cellules sont aussi les miennes. Je reconnais la parenté organique et l’odeur qui monte de son corps : un parfum de vieux drap gorgé de phéromones. Cet encens sébacé est mon seul lien avec cet homme, le seul que je reconnaisse.

Cet animal m’a donné la vie.

L’auteur
Michael Delisle est poète, romancier et nouvelliste. Il est lauréat du prix Émile-Nelligan (Fontainebleau, 1987) et du prix Adrienne-Choquette (Le Sort de fille, 2005).


Pour écouter l’auteur => ici


Voir en ligne : Le Feu de mon père de Michael Delisle

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